L’amitié franco-américaine

Pascal Dubois Americas, Analysis, Europe, Politics & Society, U.S. Policy Leave a Comment

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La collaboration entre la France et les États-Unis s’est accélérée au cours des dernières semaines et mois à un pas frénétique, notamment pour faire suite à un partenariat armé contre la Syrie après les attaques chimiques faites par le régime sur la ville de Douma le 7 Avril 2018. Le président français visite les États-Unis en fin de mois pour faire le point entre autres sur un des sujets les plus sensibles du moment : L’Iran. Les deux chefs d’État lors d’une conférence de presse profèrent leurs intentions communes à ce sujet. Cependant, ils ne voient pas tout du même œil.

Les deux gouvernements ont des visions semblables, mais pas identiques du développement nucléaire de l’Iran. Monsieur Trump a par exemple qualifié l’accord actuel de désastre  à plusieurs reprises. Monsieur Macron, quant à lui, appelle également à une nouvelle entente avec Téhéran, en partant cependant des bases déjà établies par le texte actuel. Trump, pour sa part, présente un ultimatum à ses alliés de la coalition européenne, afin de durcir le pacte d’ici le 12 mai, la date limite de renouvellement. Ce à quoi le président français rétorque « qu’on ne peut pas déchirer un accord pour n’aller nulle part ». Il indique qu’il y aurait quatre piliers à une nouvelle entente : contenir l’élaboration d’un programme nucléaire à court et long terme de l’Iran, prévenir une prolifération balistique iranienne et amenuiser l’influence de l’Iran sur les pays régionaux et limitrophes. Macron essaie ainsi d’utiliser le poids qu’il a sur monsieur Trump afin de dévier la trajectoire proposée par l’administration de ce dernier étant de simplement annuler les accords de Vienne (JCPOA).

Pourtant, l’Iran avait accepté les requêtes de la convention jusqu’à présent, n’ayant pas enrichi d’uranium pour des causes autres que civiles (soit en-dessous de 5 % de pureté). De plus, le texte en vigueur réduit les possibilités nucléaires de l’Iran à des fins non commerciales jusqu’à 2025 tout au moins. Une révocation de la convention de Vienne permettrait le développement d’un programme nucléaire militaire immédiatement. De surcroit, Téhéran s’est soumis à plusieurs inspections de l’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique) et n’a pas présenté d’indications de non-respect des paramètres du JCPOA. En plus de cela, Téhéran s’est débarrassé au début du traité des tonnes d’uranium qu’elle possédait encore et n’a donc plus les réserves qui justifiaient les demandes américaines et européennes. Il y a alors de nombreux avantages pour les signataires de soutenir le maintien de cet accord. L’Iran en profite à son tour par l’allègement des sanctions économiques qui avaient freiné l’activité commerciale du pays par des interdictions d’exportations et importations de certains biens, ou qui limitaient l’influence de la banque centrale iranienne en ne permettant pas l’accès des navires iraniens aux ports européens et américains ainsi que l’accès des aéronefs sur les deux territoires. Tous ces embargos avaient été largement relâchés depuis 2015, ce qui avait amené une reprise économique majeure du pays. L’éventualité de nouvelles sanctions à la fin de cet accord présente ainsi une incertitude économique non négligeable. L’objectif initial de la convention de Vienne était de développer progressivement la confiance européenne et américaine d’une utilisation commerciale et pacifique de l’énergie nucléaire par l’Iran. Ce dernier, suite aux différentes visites de l’AEIA, a démontré le respect des directives du JCPOA, l’AIEA ayant selon le traité un droit unilatéral d’inspection de sites même suspectés de bafouer les directives du pacte et n’a pas reporté de manquements de la part du gouvernement Iranien.

Enfin, il s’agit d’un moment opportun pour les deux leaders d’intervenir sur des sujets extérieurs à leurs pays. Ceci permettant une distance accrue des éléments difficiles domestiques, causant énormément de dommages dans leur opinion publique respective. D’une part, les réformes sociales du président Macron sont mal accueillies par les citoyens et citoyennes; apportant de nombreuses confrontations, notamment avec les étudiants et cheminots entre autres. De l’autre, monsieur Trump est sous le poids de l’enquête sur les interventions russes dans la campagne américaine, menée par monsieur Mueller. L’action commune en Syrie et l’idée de prévention d’un Iran nucléaire permettent un répit non négligeable aux deux chefs d’États. De surcroit, les capacités de communication et d’agrément avec monsieur Trump du président Macron sont particulièrement remarquable. Celui-ci étant semble-t-il capable de converser avec monsieur Trump avec une efficacité étonnante, l’amenant parfois à prendre certaines décisions auxquelles le chef d’État américain s’opposait au préalable. Malgré des visions parfois divergentes sur le JCPOA, il y a entre Macron et Trump une volonté évidente de collaborer.

L’Iran en contrepartie, menace de se retirer de tout traité sous cette pression. Monsieur Rohani, en revanche, avertit monsieur Trump et monsieur Macron de conséquences additionnelles si aucun nouvel accord n’est conclu ou si l’entente du moment n’est pas renouvelée, ceci quelques semaines avant la date limite du 12 mai. Pour terminer, si le pacte n’est pas revalidé, Rohani indique l’intention de Téhéran de reprendre ses activités nucléaires dans le cadre d’un programme militaire. Rohani souligne que la crainte d’un Iran militairement nucléaire était infondée au départ, mais que le bris du traité de 2015 pousserait Téhéran vers un tel programme.

Pascal Dubois is Senior Editor at the Canadian Centre for Strategic Studies. An Alumni of Concordia University with a Bachelor of Arts in Political Science, Pascal will be pursuing a Bachelor of Economics. He currently works as a counsellor in the banking industry, having previously served as an associate at Simkin Legal. His fields of research include French and European politics.

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