Nicolas Sarkozy et l’argent Libyen

Pascal Dubois Africa, Analysis, Europe, Law & Institutions, Politics & Society Leave a Comment

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L’ex-président français Nicolas Sarkozy fut placé en garde à vue dans les locaux de l’office d’anti-corruption, à Nanterre le 20 mars 2018, suite à l’enquête sur le possible financement libyen de sa campagne électorale de 2007 par le défunt Mouammar Kadhafi. Les juges responsables du dossier enquêtent depuis plus de cinq ans suite aux révélations du journal Médiapart, et ont suivi les fluxs monétaires entre les différents acteurs en jeu avant de prendre la décision de mettre l’ancien président sous examen. Il s’agit d’un dossier très large et d’une enquête souvent qualifiée de tentaculaire.

Selon le dossier, un intermédiaire franco-libanais s’appelant Ziad Takieddine aurait joué les intermédiaires entre Kadhafi et Monsieur Sarkozy. Monsieur Takieddine avait été lui-même mis en examen par la justice dans une autre affaire s’appelant l’affaire Karachi ou les fonds de campagne d’Édouard Balladur (ancien homme d’état français) en 1995 seraient aussi remis en question. L’intéressé déclare avoir transporté les cinq millions d’euros d’argent liquide en trois voyages, et avoir rencontré le directeur de cabinet de monsieur Sarkozy, Claude Guéant ainsi qu’une fois le futur président Sarkozy entre novembre 2006 et janvier 2007. Le bras droit de l’ex-président, monsieur Guéant est considéré lui-même suspect, ayant loué un coffre-fort durant la campagne présidentielle sous prétexte, selon ses dires, d’y mettre les discours de campagne du candidat Sarkozy, ceux-ci étant cependant accessibles en ligne. Monsieur Guéant aurait également reçu un virement de 500 000 euros d’un avocat malaisien. Celui-ci est mis en examen pour « blanchiment de fraude fiscale en bande organisée » entre autres. Monsieur Takieddine, quant à lui, est arrêté en 2011 portant une valise de 1,5 million d’euros et reconnaît clairement avoir contribué au financement illicite de la campagne d’Édouard Balladur et de Nicolas Sarkozy.

L’individu qui serait l’architecte de ces échanges entre, monsieur Sarkozy en tant que candidat et les financiers libyens s’appelle Alexandre Djouhri. Il serait derrière l’organisation des financements de la droite française depuis le début des années 2000. D’autres sont aussi impliqués comme le proche et ami de Nicolas Sarkozy, Brice Hortefeux, ayant accompagné l’ex-président lors de ses fonctions de ministre l’intérieur en Libye en 2005, les modalités de financements de la campagne y auraient alors été décidées. L’homme qui aurait redistribué l’argent de la campagne s’appelle Éric Woerth, un autre collaborateur et ami de l’ancien président, celui-ci lors d’une audience en 2017 a reconnu avoir distribué des enveloppes à différents acteurs de la campagne de l’ancien président mais aurait déclaré que ces fonds provenaient de dons, ce qui n’aurait pas convaincu les enquêteurs.

Deux journalistes du journal d’investigation Médiapart, Fabrice Arfi et Karl Laske, dévoilent leur enquête en 2012 précisément entre les deux tours de la présidentielle. Alors, Nicolas Sarkozy y est candidat pour réélection. L’article dévoile l’existence d’un document officiel du gouvernement libyen indiquant l’approbation de l’appui de la campagne du candidat à hauteur de cinquante millions d’euros. Ce document est d’abord considéré comme faux et vivement contesté mais est révélé par des experts en graphologie entre autres comme étant authentique.

Mais la clé de l’affaire est peut-être déjà entre les mains de l’Office contre la corruption. Un nommé Choukri Ghanem était ministre du Pétrole de Kadhafi en 2006 et a observé les évènements, étant lui même possiblement la pièce centrale de l’affaire en ayant supervisé l’ensemble de ces versements. Après la révolution libyenne, il fuit le pays et vit entre Londres et Vienne, puis est retrouvé noyé dans le Danube en 2012. Cependant, un carnet ayant été sa possession est transmis par la justice norvégienne à l’Office central., celui-ci documente les sommes ayant été versées en 2007 au candidat Sarkozy. Les policiers norvégiens avaient obtenus ce carnet suite à une perquisition aux Pays-Bas, le document avait été ensuite transféré en Norvège en lien avec une affaire de corruption, puis au gouvernement français.

Tout cela est important, car les sommes versées par le gouvernement de Kadhafi auraient été déterminantes à la victoire de Nicolas Sarkozy en 2007. L’intégrité de l’ex-président à été remise en cause à travers plusieurs affaires liées à ses campagnes. Il y eut d’abord l’affaire Bettencourt ou la femme la plus riche de France, principale actionnaire du groupe L’Oréal madame Liliane Bettencourt aurait supposément largement financé ses campagnes selon les accusations de l’affaire. Monsieur Sarkozy fut mis en examen à ce sujet pour abus de faiblesse, puis exonéré de ces charges. Cependant, encore là, monsieur Éric Woerth est remis en cause et cette affaire est également révélée par le journal Médiapart ayant une tradition de révélations en lien au pouvoir en place. Ensuite, il y eut l’affaire des écoutes ou  Monsieur Sarkozy utilise une ligne de téléphone sous un autre nom pour communiquer au sujet même de l’affaire Bettencourt dans le but de corrompre un magistrat en tentant d’obtenir des informations confidentielles en échange d’un poste de prestige. Sans oublier que Nicolas Sarkozy avait lui-même été mis en cause également dans l’affaire d’Édouard Balladur et de sa campagne qui aurait aussi été financée par des fonds Libyens.

Enfin, l’ex-président est encore sous enquête à présent et se défend entre autres sur les journaux télévisés et dans la presse tant bien que mal. Ce n’est pas la dernière fois que nous entendrons parler de monsieur Sarkozy et de ces affaires. Entre temps, l’ex-président clame son innocence.