Un air de déjà vu en RDC

Pascal Dubois Africa, Analysis, Conflict & Security Leave a Comment

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Kabila est le président de la République démocratique du Congo depuis 2001. Il a participé à la guerre civile avec son père entre 1996 et 1997 et prends la tête de l’État à 29 ans après l’assassinat de Laurent Désiré-Kabila. Il remporte ensuite l’élection présidentielle de 2006 et de 2011 avec 48% des suffrages. La constitution congolaise, indique que le président de la République est élu pour un mandat de cinq ans, renouvelables une seule fois. Ce qui interdit le président sortant de se présenter pour un troisième mandat. La fin du mandat constitutionnel de Kabila a eu lieu en 2016, les élections devaient avoir lieu en décembre de la même année. Kabila, cependant, les repousse, citant le manque de préparation du gouvernement ainsi que le manque de fonds nécessaires à la tenue de celles-ci. Il indique en 2016 que 10 millions de personnes ne sont pas inscrites sur les listes électorales

Déjà au début 2018, le gouvernement belge avait annoncé la fin de sa coopération avec le régime, attribuant son aide plutôt aux organisations de la société civile. Cela provoque des représailles de la part des autorités congolaises, amenant l’arrêt quasi total des activités de la coopération belge, la fermeture du consulat de Lubumbashi et une réduction des vols de la compagnie aérienne belge vers Kinshasa. Tout cela semble faire écho au début des années 90, alors que Mobutu Sese Seko s’accrochait au pouvoir. Le même discours anticolonial est employé aujourd’hui qu’à l’époque comme prétexte pour diminuer les opérations étrangères sur le sol congolais. Et similairement en 1990, Mobutu était resté au pouvoir dans une période de « transition constitutionnelle » ayant duré sept ans. Cette période similaire aujourd’hui du gouvernement Kabila a déjà vu le déplacement de 1,3 million de personnes en 2017 suscitant des dénonciations de plus en plus insistantes de la communauté internationale contre les violations des droits de l’homme. Celles-ci ayant augmenté de 25 % de 2016 à 2017 et les agents de l’État seraient les principaux responsables. De plus, 2017 a amené plus de 1000 assassinats attribués aux agents de l’État.

Les clés du maintien au pouvoir de Kabila sont principalement les services armés, ayant toute la latitude nécessaire pour faire de bonnes affaires depuis 2001. S’ils n’ont pas nécessairement Kabila à cœur, celui-ci influence largement la taille de leur portefeuille. La classe politique est également vitale pour Kabila. En absence d’élections, ceux-ci conservent leur salaire et les membres d’opposition au gouvernement sont souvent achetés par le régime, ce qui renforce la volonté de ces derniers de ne pas s’opposer au chef de l’État. Enfin, l’industrie minière et pétrolière joue un rôle important. Ces derniers fournissant souvent la majorité des revenus de l’État. De plus, des proches du Président sont cités à plusieurs reprises dans les Paradise et Panama papers bon indicateur du degré de corruption de l’entourage du Président.

Le dimanche 25 février 2018, après la messe à la cathédrale de Kisangani dans le nord-est de la République Démocratique du Congo, une marche a lieu, organisée par des catholiques contre le maintien au pouvoir du président. Celle-ci avait été préparée le 21 janvier 2018 suite à une marche similaire le 31 décembre 2017, elle-même ayant été sanglante avec 7 morts à Kinshasa. Cette fois, il y eut deux morts et plusieurs blessés selon l’Organisation des Nations Unies, une personne tuée par balles à Mbadanka et une autre à Kinshasa. L’évènement était explicitement contre la gouvernance de Joseph Kabila. L’objectif principal étant de pousser le président à déclarer qu’il ne se présenterait pas aux élections du 23 décembre 2018. L’évènement fut très populaire, attirant environ 3 millions de marcheurs à travers tout le pays.

Plusieurs centaines de personnes sortant de messe ont commencé à marcher à Kisangani avant l’arrivée des forces de sécurité. Ceux-ci dispersant les manifestants par gaz lacrymogène et tirs de balles réelles résultants en au moins deux blessés. Les manifestants à Kinshasa ont vécu une journée très similaire, mais se sont ensuite repliés sur la cathédrale en chantant « Debout Congolais », l’hymne national. À Kinshasa, il y a eu quand même un mort et plusieurs blessés. De plus, des arrestations ont suivi la marche dans la capitale.

L’usage de balles réelles n’est pas nouveau. Cependant, les forces de l’ordre se donnaient un objectif de « zéro morts » cette fois. Comme les autres fois, le gouvernement a demandé la coupure des réseaux internet avant la marche et a mobilisé les forces armées et la police pour faire face à ces manifestations. Cependant, de nombreux groupes étaient déjà organisés en cas de coupure de réseau, pour simplement partager les vidéos et photos après la manifestation. Avant lorsque le réseau était coupé, les entreprises le conservaient, mais maintenant tout est coupé.

Le collectif catholique derrière la marche, le CLC (Comité laïque de coordination) déplore et condamne l’usage de répression violente et mortelle face aux marcheurs pacifiques, mais réaffirme sa détermination de ne pas s’arrêter là.

Video de l’événement: