La Défense selon Macron

Pascal Dubois Analysis

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Les premiers mois du mandat du président Français furent indéniablement agités, les mauvais coups s’enchaînant les uns après les autres et la presse nationale répétant ses propos parfois malheureux. Le premier ministre Édouard Philippe a été témoin d’un changement de gouvernement, suivi de la démission de Sylvie Goulard qui a été remplacé par Florence Parly, alors inconnu dans la sphère publique avant sa prise en charge du ministère. Par la suite, M. Macron et son chef des armées General de Villiers ont eu un conflit public ou ce dernier a réclamé une augmentation de fonds alloué aux forces proportionnelles au PIB, une promesse faite par le président lors de sa campagne électorale. Ce débâcle public s’est terminé avec la démission de M. de Villiers le 19 Juillet 2017. M. Macron avait fait des promesses similaires à Angela Merkel et à l’Europe.

Le 17 Mai 2017, le président de la République et le premier ministre Édouard Philippe ont formé un nouveau gouvernement, malgré des retards successifs. Ce gouvernement consiste de personnalités connus dans la sphère publique et politique, c’est le cas de Sylvie Goulard nommée chargée des armées. Le public été surpris par cette candidature puisque la majorité s’attendait à ce que Jean Yves Le Drian, titulaire du poste durant le dernier quinquennat. Cependant, il a été nommé Ministre de l’Europe et des Affaires Extérieures alors que Mme. Goulard était la candidate idéale pour ce poste, ayant fait carrière sur les questions européennes. Un mois plus tard, le gouvernement d’Édouard Philippe démissionne et tout est à refaire. De nombreux députés et chargés de ministère se retrouvaient remaniés. Selon M. Macron, les positions de ministre dépendaient des élections législatives qui ont suivi les présidentielles. Sylvie Goulard a quitté son poste en raison de l’enquête sur le MoDem (Mouvement Démocrate), dont elle fait partie. Le parti aurait créé des emplois fictifs pour des assistants parlementaires, parmi les complices nommés on y trouve des individus connus dans le regard public François Bayrou, chef du MoDem et M. Bennahmias, député européen. Ce scandale est similaire avec celui du Front National durant la campagne, où Marine Le Pen aurait récolté les salaires de ses assistants de la cour européenne en amplifiant le nombre de personnel sous sa direction. Quant à elle, Sylvie Goulard a démissionné avant le début de l’enquête afin de prouver sa bonne fois en espérant instiller la confiance des Français dans l’action public. Sa démission précaire a remis en cause le poste de François Bayrou au gouvernement. Sa remplaçante, Florence Parly, était connus pour sa carrière dans le monde des affaires et non dans les sujets de défense et d’armée. Parly était directrice générale adjointe des Air France et directrice générale stratégies et finances chez SNCF. Son arrivée dans le Ministère des Armées était bien prévue car les problèmes du ministère portaient sur la gestion budgétaire.

La question des dépenses militaires est toujours un problème dans l’agenda politique de M. Macron. L’évènement le plus saillant est certainement la dispute publique entre le président et le général De Villiers. Le caractère public de ce débat était inédit à l’Élysée, où les conflits se règlent en coulisse. M. De Villiers a réclamé une augmentation de la proportion du PIB dédié aux militaires, tel que l’avait promis Macron en tant que candidat. M. Macron a refusé catégoriquement, déclarant qu’il y aurait une diminution du budget des forces au début du nouveau quinquennat, puis une hausse lorsque les dossiers économiques de l’emploi entre autres se seront améliorés. Ce compromis n’était pas suffisant pour M. De Villiers, réclamant le manque d’équipement et de ressources et le fait que les soldats français font souvent des heures supplémentaires non payées suite à l’annonce de l’état d’urgence en 2015 par François Hollande. Le pays à l’heure actuelle demeure en niveau d’alerte maximale ce qui augmente les pressions sur les outils de défense. Le moral est au plus bas, les opérations étrangères étant affectées entre autres par la désuétude du matériel dont ils disposent. La lassitude des troupes est élevée et les conditions de travail actuelles amènent un roulement important. Ceci naturellement soulève des questions sur les capacités sur le terrain de plusieurs effectifs.  Autour de 50% de l’équipement des forces est disponible pour utilisation, le reste est soit en remise en forme ou réparation. A la place d’une augmentation de budget si attendue, une diminution de 850 millions d’euros est instaurée au début du quinquennat. Cette pénible situation n’est pas l’unique faute de Macron, car François Hollande avait déjà prévu une partie de ces baisses. Le problème est en fait la promesse faite par le jeune chef n’ayant pas été tenue et une crise qui ne s’améliore pas.

Les armées sont fatiguées. Le conflit public avec De Villiers ainsi que les restrictions budgétaires rappellent la gouvernance « Jupitérienne » que le président avait annoncé. Cela lui coûte cher dans les journaux, mais nous ne sommes qu’au début des cinq années à venir. M. Macron essaie depuis quelques mois de redorer son image sans succès malgré sa mention que les réductions budgétaires sont temporaires et que la situation changera. Celui-ci a pris deux mesures contradictoires pour une force militaire qui observe ces décisions de près. D’un côté, il y a une hausse de 5 euros des impôts chez les étudiants, et de l’autre il élimine la taxe d’habitation, ce qui profite aux plus nantis. Deux décisions ayant révolté les français(es). À travers ces constats et en se rappelant les discours de campagne du président, les armées commencent à perdre foi en ce jeune chef d’État.