Opération Serval et Opération Barkhane

Pascal Dubois Africa, Analysis, Conflict & Security

L’implication française au Mali a officiellement débuté en 2013. Cinq ans après, il est intéressant de faire le bilan d’une opération peu médiatisée hors de France. L’hexagone s’est avancé sur le territoire Malien afin de débusquer des réseaux de djihadistes présumés au nord du pays. Dès le début 2013, lorsque François Hollande prend ses fonctions, les forces françaises ont des succès immédiats. Cette campagne malienne continue à ce jour sous le nom : Opération Barkhane.

Le Mali, ancienne colonie française, à la mi-année 2012 est en plein chaos suite à une guerre de Sécession. Sur le bureau de François Hollande, un dossier épais l’attend lorsqu’il prend ses fonctions. Le 6 avril, les rebelles touareg du MNLA (Mouvement national pour la libération de l’Azawad) déclarent l’indépendance du nord du Mali, environ de la moitié du territoire. À ce moment, l’objectif principal pour la France fut la détention de ressortissants français détenus au Sahel par des groupes djihadistes. La politique normale de la France jusque-là était la négociation avec les rançonneurs. François Hollande cependant décide que ce ne sera plus le cas et refuse de payer. Il organise alors une action des acteurs locaux sur le terrain et obtient le support de la communauté internationale, notamment du conseil de sécurité des Nations unies de l’époque, pour s’engager davantage. Cependant, celui-ci souhaite voir le conseil de sécurité intervenir avant d’engager les troupes françaises, ce que le conseil de sécurité refuse. Pendant un an, la France joue le jeu de la diplomatie entre autres en faisant pression sur le gouvernement algérien qui a les contacts nécessaires pour intercéder auprès des groupes présents au Mali.

Le 8 janvier 2013, le président du Mali, Dioncounda Traoré demande officiellement l’assistance des troupes françaises auprès de Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense à l’époque. L’intervention semble alors inévitable au regard de la coalition qui se forme. De plus, certaines forces spéciales françaises sont situées au Burkina Faso permettant une intervention rapide. Le 11 janvier 2013 l’opération Serval est née. De surcroit, la situation s’aggrave, de nombreux véhicules fichés commencent à circuler à Bamako. La décision est rapide, le conseil de Défense répond favorablement à une opération des troupes spéciales. Deux hélicoptères de type Gazelle s’envolent vers Sévaré. Des forces sont déjà sur les lieux et les hostilités débutent. Des tirs touchent les deux hélicoptères, provoquant une réponse immédiate. Un soldat français, le lieutenant Damien Boiteux périt et l’hélicoptère est endommagé.

Les trois objectifs du conflit pour François Hollande sont clairs : stopper l’avancée djihadiste qui tente de s’emparer de la partie sud du Mali, libérer le pays, et mettre hors d’état de nuire les cellules terroristes sur le sol Malien. Les cellules ciblées sont surprises par cette intervention, car jusqu’alors la France avait refusé de s’engager. Malgré les pertes françaises, les groupes armés reculent et se replient. Deux mille soldats français mènent alors une nouvelle opération de repérage avec le soutien des forces tchadiennes. Aujourd’hui, des militaires français demeurent encore sur le territoire Malien, car la menace persiste, de nombreux groupes tentent encore de s’unir et font des frappes fréquentes sur les villes au sud du pays, causant d’ailleurs des morts aussi récemment que le 29 juin 2018.

La stratégie française actuelle est différente. L’opération Serval n’est plus, l’opération Barkhane l’a remplacée. Les objectifs sont différents et visent à développer une autonomie de sécurité des acteurs locaux ainsi que de compléter la stabilisation du Mali entamée la mission Serval. L’opération Barkhane est lancée le 1er août 2014 notamment avec le support des forces canadiennes à plusieurs reprises.  François Hollande à l’époque explique que l’intervention et le soutien de la France sont en remboursement de la dette du pays envers le Mali qui a supporté la France à plusieurs reprises lorsque celle-ci fut attaquée. L’opération se veut d’ailleurs d’être humaine et d’agir systématiquement au bénéfice de la population locale. Cet objectif est souhaitable naturellement et l’accueil réservé à l’ancien chef d’État lors de sa visite au Mali semble démontrer que les populations locales apprécient les efforts français. Dès le début de la campagne Barkhane, 4500 militaires arrivent sur le terrain, et avec eux des forces d’appuis, spécialistes de santé, ingénieurs et bien d’autres gens de métiers. La mission est à trois volets : des opérations terrestres avec les forces physiques, des opérations aéroterrestres à l’aide de 17 hélicoptères de combat et un volet aérien notamment à l’aide de drones, d’avions de transports et de ravitaillements et de 8 avions de combat Mirage 2000.

Enfin, l’opération Barkhane a eu plusieurs résultats positifs. Dans ses trois premières années, elle a  par exemple neutralisé plus de 500 membres de cellules djihadistes, et détruit plus de 22 tonnes d’armes et munitions. Malgré des défis logistiques et techniques, jusqu’à maintenant, l’opération Barkhane a été capable d’atteindre plusieurs de ses objectifs exigeants.

Pascal Dubois is Senior Editor at the Canadian Centre for Strategic Studies. An Alumni of Concordia University with a Bachelor of Arts in Political Science, Pascal will be pursuing a Bachelor of Economics. He currently works as a counsellor in the banking industry, having previously served as an associate at Simkin Legal. His fields of research include French and European politics.